1. Position du problème
La population de la Corse de ce début du siècle est en passe d’atteindre son plus haut niveau historique alors même que la densité démographique de son territoire demeure la plus faible de France. Ce paradoxe s’explique par la persistance de la désertification des villages de l’intérieur associée à une concentration des résidences dans les zones déjà peuplées (péri urbanité, « littoral balnéaire »). De telles dynamiques ont pour conséquence d’accroître le déséquilibre territorial tant au niveau spatial, politique, qu’économique. Il en résulte un « déclassement » des questions relatives au développement rural aujourd’hui appréhendé uniquement depuis des problématiques urbaines (zones à fonction récréative). Ce faisant, les politiques publiques consistent pour l’heure à accompagner ces tendances régressives sans volonté réelle de les inverser.
Ainsi l’espace rural est l’objet d’assignation de fonctions sans réflexion stratégique sur le développement territorial. La défaillance des politiques régionales en matière d’aménagement, qui a connu son paroxysme avec le retrait du PADDUC, suscite de fortes interrogations et de vives inquiétudes au sein des populations rurales et des collectivités locales de l’intérieur. Confrontés à un espace en miettes, ensauvagé, souvent sans statut juridique établi, les villageois et les élus locaux doivent souvent faire face à des problèmes qui dépassent largement leur capacité propre (foncier bloqué, espaces indivis, incendies, habitats en déshérence…). Ainsi, alors même que le territoire communal constituait, il y a peu, un support de ressource, il est aujourd’hui un facteur de fragilisation de l’intérieur.
Dans ce contexte, l’installation de nouveaux arrivants et l’émergence voire la confirmation de nouveaux usages des espaces ruraux apparaît comme une solution à la revitalisation des espaces ruraux. Pourtant, la redynamisation attendue n’est pas toujours perçue et dans certains cas, de nouveaux déséquilibres apparaissent (difficultés de cohabitation, problèmes de plus grande ampleur : incendies, risques naturels…). Dans d’autres cas, ce sont les rapports entre activités productives et d’autres activités qui sont à l’origine de tensions.
Dans les deux cas, les déséquilibres conduisent à de profondes difficultés de gestion. En effet, les conditions d’arbitrage sont d’autant plus difficiles que les politiques, les lois et les règlements sont souvent inapplicables, peu adaptés et quelquefois à l’origine d’effets pervers. De plus, les dynamiques en jeu, souvent émergentes (ex : sport de montagne), posent des questions de conflits de légitimité entre des usages relevant de l’une ou de l’autre des deux logiques. De nouvelles revendications voient le jour qui ne sont pas sans effets sur les conditions d’arbitrage.
2. Les objectifs de l’Université Rurale
Comment se traduisent ces logiques ? En quoi les pratiques qu’elles induisent construisent ou participent à la désarticulation territoriale ? Sous quelles conditions les nouveaux usages sont à même de conforter les activités en place ou susciter de nouvelles activités ?
L’Université Rurale se donne pour objectif d’apporter des éléments de réponse à ces questions. Cette première partie affronte la question des valeurs en revisitant les anciennes divisions relatives aux valeurs, au travail, à la terre et à ses usages. Pour autant, les organisateurs attendent de ces moments un examen de la question des valeurs qui se nourrisse du vécu, des expériences, des témoignages des acteurs ruraux, élus et résidents permanents ou « périodiques », bref un pragmatisme dans l’énoncé des positions.